Procédure · 6 min de lecture

Trêve hivernale et loyer impayé : ce qui continue

La trêve hivernale court du 1er novembre 2026 au 31 mars 2027. Elle reporte l'expulsion physique, mais ni la dette, ni le commandement de payer, ni l'assignation, ni le jugement. Elle ne s'applique pas en cas de relogement adapté, d'occupation sans titre, ni lorsque le juge aux affaires familiales ordonne l'expulsion. Un dossier préparé pendant l'hiver s'exécute dès le 1er avril.

Par Gary Bramnik · Mis à jour le 30 octobre 2026

Immeuble résidentiel en hiver avec calendrier, flocon, bouclier et document juridique

L'essentiel en 5 points

  • La trêve hivernale va du 1er novembre au 31 mars inclus, dates fixées par la loi Alur du 24 mars 2014 (article L412-6 du Code des procédures civiles d'exécution).
  • Elle reporte l'expulsion, pas la procédure : le bailleur peut délivrer un commandement, assigner et obtenir un jugement pendant l'hiver.
  • La dette locative continue de courir et peut augmenter de cinq mois de loyer pendant la trêve.
  • La trêve ne s'applique pas en cas de relogement correspondant aux besoins, d'occupation sans droit ni titre, ou d'expulsion ordonnée par le juge aux affaires familiales.
  • Une expulsion réalisée pendant la trêve ou sans titre expose le bailleur à trois ans d'emprisonnement et 30 000 € d'amende (article 226-4-2 du Code pénal).

Chaque année, la même incompréhension revient : la trêve hivernale serait une pause générale des procédures locatives. C’est faux. Du 1er novembre au 31 mars, le bailleur peut agir en justice, obtenir un jugement et préparer l’exécution. Ce qui est suspendu, c’est uniquement le fait de mettre le locataire à la porte.

Bien utilisée, la trêve est donc un trimestre de préparation. Mal utilisée, elle coûte cinq mois de loyer supplémentaires et une procédure qui repart de zéro en avril.

Ce qui est suspendu, ce qui continue

ActionPendant la trêvePrécision
Expulsion physiqueSuspendueSauf exceptions et relogement adapté
Coupures d’électricité et de gazInterditesPrincipe étendu par la loi Brottes de 2013
Commandement de payerPossibleLe délai de six semaines court normalement
Assignation et audiencePossiblesLe juge peut statuer et ordonner l’expulsion
Commandement de quitter les lieuxPossibleLe délai de deux mois court, mais l’exécution attend avril
Dette locativeContinueLoyer ou indemnité d’occupation restent dus
Saisies sur compte ou salairePossiblesElles ne constituent pas une expulsion
Plan d’apurement, FSL, CCAPEXPossibles et recommandésLes délais de traitement sont longs
Le calendrier du bailleur sur douze mois
  1. 1

    Juin à juillet

    Décompte, relances, plan d'apurement, vérification des garanties et déclaration à la Caf.

    Mois 1 et 2

  2. 2

    Août à septembre

    Commandement de payer, signalement CCAPEX, assignation et notification au préfet.

    Mois 3 et 4

  3. 3

    Octobre à décembre

    Audience et jugement. Le juge peut accorder des délais de paiement.

    Mois 5 à 7

  4. 4

    Janvier à mars

    Commandement de quitter les lieux, demande de concours de la force publique, préparation de l'exécution.

    Trêve

  5. 5

    1er avril

    Exécution possible par le commissaire de justice, avec la force publique si nécessaire.

    Reprise

Exemple d'un impayé démarré en juin, avec une procédure menée sans perte de temps.

Les exceptions à connaître

La trêve ne protège pas tout le monde, et le bailleur qui l’ignore attend inutilement cinq mois.

SituationTrêve applicableConséquence
Locataire sans relogement adaptéOuiExpulsion reportée au 1er avril
Relogement correspondant aux besoins (nombre de pièces)NonExpulsion possible pendant l’hiver
Occupation sans droit ni titre, squatNonProcédure spécifique, expulsion possible
Expulsion ordonnée par le juge aux affaires familialesNonDivorce, ordonnance de protection, violences
Occupant entré par manœuvres, menaces ou voies de faitNonLe juge peut supprimer ou réduire la trêve
Logement repris pour un motif autre que l’impayéOuiLa trêve s’applique à tout motif d’expulsion

Le juge qui prononce l’expulsion peut lui-même écarter ou raccourcir la trêve lorsque le locataire s’est introduit dans les lieux par manœuvres, menaces, voies de fait ou contrainte. Cette décision doit être demandée expressément : elle n’est pas automatique.

Ce que le locataire doit faire pendant l’hiver

Cinq mois, c’est le temps nécessaire pour monter un dossier de relogement ou de surendettement. Les démarches utiles, dans l’ordre :

  1. Payer le loyer courant ou, si le bail est résilié, l’indemnité d’occupation. Chaque mois payé réduit la dette et améliore la position devant le juge.
  2. Proposer un plan d’apurement écrit. Voir le modèle de plan d’apurement.
  3. Saisir le FSL et la CCAPEX par l’intermédiaire du travailleur social ou du service logement de la mairie. Voir les aides Caf, MSA et FSL.
  4. Déposer un dossier de surendettement si l’endettement dépasse le seul loyer. Voir locataire insolvable.
  5. Demander un délai au juge de l’exécution, avec des justificatifs de recherche de logement et de paiement.

Ce que le bailleur doit faire pendant l’hiver

Ne pas attendre avril pour agir. Les cinq mois servent à :

  • obtenir un jugement d’expulsion si ce n’est pas encore fait ;
  • faire signifier le commandement de quitter les lieux, pour que le délai de deux mois soit purgé au 1er avril ;
  • déposer la demande de concours de la force publique au préfet, en février ou mars, pour éviter plusieurs mois d’attente au printemps ;
  • documenter les démarches d’aide et de relogement, ce qui pèse devant le juge de l’exécution ;
  • vérifier l’état du logement : une indécence constatée pendant l’hiver fragilise toute la procédure.

La demande de délai du locataire

Le juge de l’exécution peut accorder un délai supplémentaire pour quitter les lieux, en principe de trois mois au maximum. La demande doit être motivée et accompagnée de preuves : recherche de logement, situation familiale, paiement en cours, démarches sociales.

Locataire

Modèle : demande de délai au juge de l'exécution

À adresser au juge de l'exécution du tribunal judiciaire qui a rendu la décision, par lettre recommandée avec avis de réception, avant l'expiration du délai de deux mois. Joignez les justificatifs.

Objet : Demande de délai pour quitter les lieux - logement situé [ADRESSE]

[TRIBUNAL JUDICIAIRE DE VILLE] Juge de l’exécution [Adresse]

[NOM ET PRÉNOM] [Adresse du logement]

[Ville], le [Date]

Objet : demande de délai pour quitter les lieux Référence : jugement du [DATE], commandement de quitter les lieux du [DATE]

Madame, Monsieur le Juge,

Par jugement du [DATE], mon expulsion du logement situé [ADRESSE] a été ordonnée, et un commandement de quitter les lieux m’a été signifié le [DATE].

Je sollicite un délai supplémentaire pour quitter les lieux, pour les raisons suivantes : [SITUATION FAMILIALE, SANTÉ, EMPLOI, RECHERCHE DE LOGEMENT].

Mes démarches sont les suivantes :

  • recherche de logement auprès de [ORGANISMES], avec [NOMBRE] de demandes déposées ;
  • dossier déposé auprès du FSL le [DATE] ;
  • rendez-vous avec un travailleur social le [DATE] ;
  • paiement du loyer courant ou de l’indemnité d’occupation, dont les justificatifs sont joints.

Je joins à la présente les justificatifs correspondants, ainsi que l’avis de réception du commandement.

Je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur le Juge, l’expression de ma respectueuse considération.

[Signature]

Pièces jointes : commandement de quitter les lieux, justificatifs de paiement, demandes de logement, attestation du travailleur social.

Ce qui reste interdit, même en hiver

La trêve ne change rien aux interdits de fond. Un bailleur ne peut pas :

  • changer la serrure, retirer les biens ou couper les accès, même avec un jugement ;
  • pénétrer dans le logement sans accord du locataire ou sans décision de justice ;
  • faire pression par des appels répétés ou des menaces ;
  • couper l’électricité ou le gaz, y compris pour un impayé d’énergie, pendant la trêve.

Une expulsion réalisée sans titre ou par manœuvres expose à trois ans d’emprisonnement et 30 000 € d’amende (article 226-4-2 du Code pénal). Le locataire peut appeler les forces de l’ordre, déposer plainte et demander réparation du préjudice.

Les erreurs qui coûtent cher

ErreurConséquence
Croire que la trêve bloque toute la procédureCinq mois perdus, exécution repoussée à l’été suivant
Ne pas signifier le commandement de quitter avant l’hiverLe délai de deux mois ne court pas, l’exécution attend avril puis mai
Attendre avril pour demander la force publiquePlusieurs mois d’attente supplémentaires
Laisser la dette grossir sans relanceArriéré impossible à apurer, locataire insolvable
Accepter un départ verbal sans écritOccupation prolongée, difficulté à prouver la reprise
Expulser soi-même pendant la trêveDélit, dommages et intérêts, réintégration

Quand déléguer ?

Le dossier devient difficile quand le jugement n’est pas encore rendu au 1er novembre, quand le locataire conteste ou invoque l’indécence, ou quand le concours de la force publique est nécessaire. Un cabinet partenaire peut reprendre la procédure, préparer la demande au préfet et suivre l’exécution, avec des honoraires prélevés sur les sommes récupérées et sans avance de frais pour l’analyse. Vous pouvez faire étudier votre dossier.

Pour la procédure complète, voir expulsion pour loyer impayé : étapes et délais. Pour le déclencheur, voir le commandement de payer. Pour les premiers réflexes, voir loyer impayé : que faire.

Références Sources officielles

Textes consultés le 29 octobre 2026. Les liens renvoient aux versions en vigueur ; une réforme postérieure peut modifier les délais et les montants cités.

Questions fréquentes (FAQ)

La trêve hivernale annule-t-elle les loyers impayés ?

Non. La dette reste due, les intérêts éventuels continuent de courir et cinq mois de loyer peuvent s'ajouter à l'arriéré. La trêve ne suspend que l'exécution de l'expulsion, pas les obligations du locataire ni les effets du jugement.

Un bailleur peut-il saisir le juge pendant la trêve ?

Oui. La trêve n'interdit ni le commandement de payer, ni l'assignation, ni l'audience, ni le jugement. Seule l'exécution de l'expulsion est reportée. Une décision rendue en janvier devient exécutable à partir du 1er avril.

Quelles sont les dates exactes de la trêve hivernale ?

Du 1er novembre 2026 au 31 mars 2027 inclus. Les dates sont les mêmes chaque année depuis la loi Alur du 24 mars 2014. Des règles particulières peuvent exister outre-mer, et le gouvernement peut prolonger la période dans des circonstances exceptionnelles.

Le locataire doit-il continuer à payer pendant la trêve ?

Oui. Le loyer courant reste dû tant que le bail existe, puis l'indemnité d'occupation après résiliation. Un locataire qui cesse de payer pendant la trêve augmente sa dette et affaiblit sa position devant le juge de l'exécution.

La trêve s'applique-t-elle à un squatteur ?

Non. L'occupation sans droit ni titre d'un logement est exclue du bénéfice de la trêve, et le juge peut ordonner l'expulsion sans attendre le 1er avril. Il ne faut pas confondre un locataire en impayé, qui reste protégé, avec un occupant entré sans titre.

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Ce guide est informatif et ne remplace pas un conseil juridique adapté à votre situation. Dernière vérification des textes cités : 30 octobre 2026.