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Commandement de payer un loyer impayé : mode d'emploi

Le commandement de payer est l'acte de commissaire de justice qui ouvre la procédure après un impayé de loyer d'habitation. Il contient six mentions obligatoires à peine de nullité, laisse au locataire six semaines pour payer, et doit être signifié à la caution dans les quinze jours. Sans paiement ni accord, le bailleur assigne, après avoir notifié le préfet six semaines avant l'audience.

Par Gary Bramnik · Mis à jour le 29 octobre 2026

Acte officiel scellé sur le seuil d'un immeuble avec sablier et calendrier

L'essentiel en 5 points

  • Le commandement doit contenir six mentions, dont le délai de six semaines, le décompte de la dette et l'adresse du FSL, à peine de nullité (article 24 de la loi du 6 juillet 1989).
  • Le délai est de deux mois pour les baux conclus, renouvelés ou reconduits avant le 29 juillet 2023, et de six semaines depuis.
  • La caution doit recevoir l'acte dans les quinze jours, sinon elle n'est pas tenue des pénalités et intérêts de retard.
  • Le commissaire de justice signale l'impayé à la CCAPEX dès deux mois continus ou une dette égale à deux fois le loyer mensuel hors charges.
  • L'assignation est irrecevable si elle n'est pas notifiée au préfet au moins six semaines avant l'audience.

Le commandement de payer est le premier acte formel d’un impayé de loyer d’habitation. Délivré par un commissaire de justice, il réclame une somme précise, ouvre un délai de six semaines et avertit le locataire des conséquences. Ce n’est ni une expulsion, ni un acte que le bailleur peut rédiger lui-même.

Tout se joue sur la régularité de l’acte et sur trois délais croisés : signification à la caution, signalement à la CCAPEX, notification au préfet. Un seul manquement et l’audience est perdue d’avance.

De l'impayé à l'audience
  1. 1

    Le décompte

    Échéances, charges, aides, paiements, dépôt.

    Jour 0

  2. 2

    Le commandement

    Six mentions, signification au locataire.

    Acte

  3. 3

    La caution

    Signification dans les quinze jours.

    J+15

  4. 4

    La CCAPEX

    Signalement dès les seuils atteints.

    6 semaines

  5. 5

    Le préfet

    Notification six semaines avant l'audience.

    Audience

Cinq étapes, trois délais à ne pas manquer.

Les six mentions à peine de nullité

L’article 24 de la loi du 6 juillet 1989 impose six mentions. Leur absence rend l’acte nul et le délai ne court pas.

Mention obligatoireContenu attenduSanction de l’absence
Délai de paiementSix semaines, ou deux mois pour les baux antérieurs au 29 juillet 2023Nullité de l’acte, délai non couru
Montant mensuelLoyer et charges, en précisant ce qui est réclaméNullité, dette imprécise
Décompte de la detteSommes dues, période, imputation des paiementsNullité, contestation du montant
AvertissementRésiliation du bail et expulsion à défaut de paiement ou de délai demandéNullité, locataire non informé
Adresse du FSLCoordonnées du Fonds de solidarité pour le logement du départementNullité, aide non signalée
Délais du jugePossibilité de demander au juge un délai de grâce (article 1343-5 du Code civil)Nullité, voie de recours tue

Un acte régulier ne se limite pas à ces six lignes. Il doit identifier les parties, viser le bail et sa date, rappeler la clause résolutoire invoquée et indiquer le nom du commissaire de justice. Une erreur d’adresse ou une identité approximative fragilise la signification, même si les six mentions figurent.

Le délai de six semaines, et l’exception des deux mois

Le délai court à compter de la signification, pas de la remise de l’acte à l’étude du commissaire de justice. Il se calcule de date à date : un commandement signifié le 12 mars laisse jusqu’au 23 avril, six semaines plus tard.

Pendant ce délai, trois issues seulement.

Le locataire paie l’intégralité de la dette, et la clause résolutoire est éteinte. Il paie partiellement : la clause reste acquise si le solde subsiste à l’expiration du délai, sauf accord du bailleur. Il ne paie pas : la clause produit son effet et le bailleur peut assigner.

Une mise en demeure n’ouvre aucun délai légal et n’entraîne aucune résiliation automatique. Le commandement, lui, fait basculer le bail si le délai s’achève sans paiement.

La caution, la CCAPEX et le préfet

Trois obligations périphériques conditionnent la suite et décident souvent du dossier, alors qu’elles sont traitées en dernier.

La caution d’abord. Si le bail est garanti par un cautionnement, le commandement doit être signifié à la caution dans les quinze jours de sa signification au locataire. À défaut, la caution n’est pas tenue des pénalités et intérêts de retard, ce qui allège sa facture au moment précis où le bailleur a besoin d’elle.

La CCAPEX ensuite. Le commissaire de justice signale le commandement à la commission de coordination des actions de prévention des expulsions lorsque l’impayé est continu depuis deux mois, ou lorsque la dette atteint deux fois le montant mensuel du loyer hors charges. Cette obligation vise les personnes physiques et les SCI familiales. Pour une personne morale, l’assignation ne peut pas être délivrée avant l’expiration d’un délai de deux mois à compter de la saisine de la CCAPEX, à peine d’irrecevabilité.

Le préfet enfin. L’assignation doit être notifiée au préfet au moins six semaines avant l’audience. Le préfet ordonne alors un diagnostic social et financier, réalisé par un opérateur, et le transmet à la CCAPEX avant l’audience. Ce diagnostic porte sur la situation du locataire, l’état du logement et les capacités de remboursement. Il pèse sur la décision du juge.

ObligationDélaiSanction
Signification à la caution15 jours après la signification au locataireCaution déchargée des pénalités et intérêts de retard
Signalement CCAPEXDès 2 mois continus ou dette de 2 fois le loyer hors chargesAssignation irrecevable pour une personne morale avant 2 mois
Notification au préfet6 semaines avant l’audienceIrrecevabilité de la demande
Diagnostic social et financierAvant l’audience, après saisine du préfetDossier incomplet, renvoi probable

Ce que le locataire peut faire pendant le délai

Payer reste la voie la plus simple : le règlement intégral avant l’expiration du délai éteint la clause résolutoire, sans audience ni frais supplémentaires.

À défaut, quatre options s’ouvrent. Proposer un plan d’apurement écrit, décrit dans le modèle de plan d’apurement. Saisir le FSL de son département, dont l’adresse figure dans le commandement. Demander au juge des délais de paiement, qui peuvent aller jusqu’à trois ans pour une dette locative si le loyer courant a repris et si la dette est remboursable. Ou déposer un dossier de surendettement, dont la recevabilité suspend les procédures d’exécution.

Le locataire peut aussi contester l’acte : décompte erroné, mention manquante, clause résolutoire absente du bail, logement indécent. Ces moyens ne suppriment pas la dette, mais ils peuvent faire échec à la résiliation.

Ce que le bailleur doit faire ensuite

Sans paiement ni accord à l’expiration du délai, la suite se prépare en quatre mouvements.

D’abord l’assignation, délivrée par commissaire de justice, qui expose la demande : constat de la résiliation, paiement de l’arriéré, expulsion, indemnité d’occupation. Ensuite la notification au préfet, six semaines avant l’audience, à peine d’irrecevabilité. Puis la transmission du diagnostic social et financier au juge. Enfin l’audience devant le juge des contentieux de la protection, où la représentation par avocat n’est pas obligatoire mais reste fortement recommandée.

Une étape est souvent oubliée : lorsque la dette ne dépasse pas 5 000 €, la conciliation devant le conciliateur de justice est obligatoire avant la saisine du juge. Elle est gratuite et peut éviter l’audience.

Si le juge constate la résiliation et ordonne l’expulsion, la procédure se poursuit par un commandement de quitter les lieux, qui laisse deux mois, puis par la saisine du juge de l’exécution, qui peut accorder de un mois à un an. La trêve hivernale du 1er novembre au 31 mars suspend les expulsions. Le déroulé complet figure dans la procédure d’expulsion, étape par étape.

Combien ça coûte et combien de temps

Le coût se compose de trois postes : l’acte de commissaire de justice, l’assignation et l’audience, puis, si nécessaire, l’exécution. Les frais d’acte sont tarifés et avancés par le bailleur ; leur charge finale est tranchée par le juge, qui peut les mettre à la charge du locataire perdant. Un dossier mal préparé se traduit souvent par un renvoi, donc par un deuxième déplacement facturé.

Côté calendrier, l’addition des délais donne un ordre de grandeur : six semaines de commandement, six semaines de notification avant l’audience, plusieurs semaines d’audiencement, deux mois de commandement de quitter les lieux. Un dossier contesté dure souvent plus d’un an.

ÉtapeDuréePoint de départ
Paiement après commandement6 semaines, 2 mois si bail ancienSignification
Signification à la caution15 joursSignification au locataire
Notification au préfetAu moins 6 semaines avant l’audienceDate d’audience
Commandement de quitter les lieux2 moisSignification
Trêve hivernale1er novembre au 31 marsSuspension des expulsions

Commandement d’habitation et commandement commercial

Les deux actes portent le même nom et n’ont presque rien en commun. Confondre les régimes fait perdre le bénéfice de la clause résolutoire, souvent pour un simple délai mal appliqué.

PointBail d’habitationBail commercial
Texte de référenceArticle 24 de la loi du 6 juillet 1989Article L145-41 du Code de commerce
Délai après l’acte6 semaines, 2 mois pour les baux anciens1 mois
Mention de la clause résolutoireObligatoire dans le contrat depuis 2023L’acte doit viser la clause
Juge compétentJuge des contentieux de la protectionJuge des référés, puis juge du fond
CCAPEX et préfetObligatoiresSans objet
Diagnostic social et financierSystématique après saisine du préfetSans objet
Aides mobilisablesFSL, Caf, MSASans objet

Pour le régime commercial, voir loyers commerciaux impayés et clause résolutoire.

La lettre d’instruction au commissaire de justice

Un commandement réussi se prépare avant le rendez-vous avec le commissaire de justice. La lettre d’instruction ci-dessous fixe les éléments factuels, les pièces et les délais à surveiller. Elle ne remplace pas l’acte, elle évite les allers-retours.

Bailleur

Modèle : lettre d'instruction au commissaire de justice

À joindre au dossier de pièces. Vérifiez chaque montant avant envoi : une erreur de décompte se paie à l'audience.

Objet : Instruction de signification d'un commandement de payer visant la clause résolutoire

[NOM OU DÉNOMINATION DU BAILLEUR] [Adresse] [Téléphone et courriel]

[ÉTUDE DU COMMISSAIRE DE JUSTICE] [Adresse]

[Ville], le [Date]

Objet : instruction de signification d’un commandement de payer visant la clause résolutoire

Maître,

Je vous prie de bien vouloir signifier à [NOM ET PRÉNOM DU LOCATAIRE], demeurant [ADRESSE DU LOGEMENT], un commandement de payer visant la clause résolutoire insérée dans le bail conclu le [DATE], pour le logement situé [ADRESSE].

Le montant réclamé s’élève à [MONTANT] € au [DATE], correspondant aux loyers et charges impayés de la période du [DATE] au [DATE], après déduction des paiements reçus et des aides versées directement. Le décompte détaillé est joint.

Le bail a été conclu le [DATE]. Le délai à mentionner est donc de [six semaines / deux mois] conformément à l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989. Je vous remercie de faire figurer l’ensemble des mentions légales, notamment le montant mensuel du loyer et des charges, le décompte de la dette, l’avertissement relatif à la résiliation et à l’expulsion, l’adresse du Fonds de solidarité pour le logement du département et la possibilité pour le locataire de demander au juge des délais de paiement.

Le bail est [garanti / non garanti] par un cautionnement. Dans le premier cas, je vous demande de signifier l’acte à la caution, [NOM ET ADRESSE], dans les quinze jours de la signification au locataire.

Je vous remercie également de procéder au signalement du commandement à la commission de coordination des actions de prévention des expulsions, l’impayé étant [continu depuis plus de deux mois / supérieur à deux fois le loyer mensuel hors charges], et de m’indiquer la date de ce signalement.

Pièces jointes : copie du bail et de ses avenants, décompte détaillé, justificatifs des paiements et des relances, coordonnées de la caution, attestation d’assurance loyers impayés le cas échéant.

Je vous prie d’agréer, Maître, l’expression de mes salutations distinguées.

[Signature]

Un dossier complet comprend aussi la preuve du signalement à la Caf ou à la MSA lorsque le locataire perçoit une aide au logement : le bailleur dispose de deux mois pour le faire, sous peine d’une amende de 8 010 €. Les garanties mobilisables sont décrites dans Visale et l’assurance loyers impayés.

Les erreurs qui coûtent cher

ErreurConséquence
Omettre une des six mentionsNullité de l’acte, délai à reprendre
Signifier à la caution au-delà de quinze joursCaution déchargée des pénalités et intérêts de retard
Ignorer le signalement CCAPEXAssignation irrecevable pour une personne morale
Assigner sans notifier le préfet six semaines avantIrrecevabilité de la demande
Assigner sans conciliation alors que la dette est sous 5 000 €Procédure fragilisée, renvoi probable
Réclamer des pénalités ou 40 € d’indemnitéDemande affaiblie, ces mécanismes visent les relations entre professionnels
Reprendre les clés après le délaiVoie de fait, jusqu’à trois ans et 30 000 € d’amende
Confondre bail d’habitation et bail commercialDélai inapplicable, clause résolutoire perdue

Quand déléguer ?

Le commandement de payer est l’acte où une erreur de forme coûte le plus cher, parce qu’elle efface des mois de procédure. Un avocat est utile dès que la résiliation et l’expulsion sont demandées, et indispensable si le locataire conteste le décompte ou soulève un moyen tiré de la décence. Pour le recouvrement, un cabinet partenaire peut vérifier le décompte, préparer les instructions au commissaire de justice, suivre les délais et porter le dossier à l’audience, ses honoraires étant prélevés sur les sommes récupérées, sans avance de frais pour son accompagnement, les frais de commissaire de justice restant à prévoir.

Pour situer ce coût, voir combien coûte le recouvrement d’une créance. Si le locataire est sans ressources, les dispositifs sont détaillés dans les aides Caf, MSA et FSL.

Vous pouvez aussi faire étudier votre dossier.

Références Sources officielles

Textes consultés le 29 octobre 2026. Les liens renvoient aux versions en vigueur ; une réforme postérieure peut modifier les délais et les montants cités.

Questions fréquentes (FAQ)

Quel délai laisse le commandement de payer ?

Six semaines pour les baux conclus, renouvelés ou reconduits depuis le 29 juillet 2023, deux mois pour les baux antérieurs (article 24 de la loi du 6 juillet 1989). Le délai court à compter de la signification de l'acte, pas de son dépôt en étude. Un commandement délivré le 3 du mois laisse donc au locataire jusqu'au 14 du mois suivant environ, selon le décompte exact des jours.

Un commandement de payer vaut-il expulsion ?

Non. Il demande le paiement et ouvre un délai. La résiliation du bail suppose ensuite une décision du juge des contentieux de la protection, puis un commandement de quitter les lieux qui laisse deux mois, et enfin l'intervention de la force publique si le juge de l'exécution accorde un délai supplémentaire. Le bailleur qui reprend les clés ou change la serrure commet une voie de fait, punie jusqu'à trois ans d'emprisonnement et 30 000 € d'amende.

Que se passe-t-il si une mention obligatoire manque ?

L'acte est nul, et le délai de six semaines n'a pas couru. Il faut faire délivrer un nouveau commandement régulier, ce qui remet le compteur à zéro. Les six mentions tiennent au délai, au montant du loyer et des charges, au décompte de la dette, à l'avertissement sur la résiliation et l'expulsion, à l'adresse du FSL et à la possibilité de demander des délais au juge.

Faut-il un avocat pour saisir le juge ?

La représentation par avocat n'est pas obligatoire devant le juge des contentieux de la protection, mais elle reste vivement conseillée pour un bailleur qui demande la résiliation et l'expulsion. Le dossier doit contenir le bail, le commandement, la preuve de sa signification, le décompte actualisé, le signalement à la CCAPEX et la notification au préfet.

Un commandement commercial suit-il les mêmes règles ?

Non. Pour un bail commercial, l'article L145-41 du Code de commerce prévoit un délai d'un mois, l'acte doit viser la clause résolutoire, et le juge des référés peut constater l'acquisition de la clause. Il n'y a ni signalement à la CCAPEX, ni notification au préfet, ni diagnostic social et financier.

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Ce guide est informatif et ne remplace pas un conseil juridique adapté à votre situation. Dernière vérification des textes cités : 29 octobre 2026.