Créances B2B · 10 min de lecture

Loyers commerciaux impayés : la marche à suivre du bailleur

Face à un loyer commercial impayé, le bailleur délivre un commandement visant la clause résolutoire, qui ne produit effet qu'un mois après (article L145-41 du Code de commerce), puis saisit le juge. La loi du 26 mai 2026 a durci les conditions des délais de grâce du locataire et plafonné les garanties exigibles.

Par Gary Bramnik · Mis à jour le 24 octobre 2026

Façade de commerce à la porte ouverte, avec un avis de loyer sur un bureau, un acte de commissaire de justice scellé, une clé et une page de calendrier

L'essentiel en 5 points

  • La clause résolutoire ne produit effet qu'un mois après un commandement resté infructueux, qui doit mentionner ce délai à peine de nullité (article L145-41 du Code de commerce).
  • Depuis la loi du 26 mai 2026, le juge ne peut accorder des délais de paiement pour loyers impayés que si le locataire peut régler sa dette et a repris le loyer courant avant la première audience.
  • Un loyer impayé résultant d'un contrat écrit de louage d'immeubles permet une mesure conservatoire sans autorisation préalable du juge (article L511-2 du Code des procédures civiles d'exécution).
  • L'expulsion exige une décision de justice, puis un commandement d'avoir à libérer les locaux (article L411-1 du Code des procédures civiles d'exécution).
  • Si le locataire est en procédure collective, les loyers antérieurs se déclarent au passif et les loyers postérieurs se paient à l'échéance (articles L622-14 et L622-17).

Un locataire de local commercial qui ne paie plus son loyer met le bailleur dans une situation particulière : la loi lui offre un levier puissant, la clause résolutoire, mais elle l’encadre strictement. Un commandement mal rédigé, un délai non respecté, et c’est toute la procédure qui est à refaire.

Ce guide suit le parcours du bailleur, de la relance à l’expulsion, et fait le point sur la loi du 26 mai 2026 de simplification de la vie économique, qui a modifié plusieurs règles du bail commercial. Il vise les baux soumis au statut des baux commerciaux (articles L145-1 et suivants du Code de commerce).

Diagnostic en 4 questions

Votre loyer est impayé : quelle étape ?

Répondez, vous obtenez le plan d'action adapté, avec la partie du guide à lire.

1. Votre locataire est…

Les étapes, de la relance à l’expulsion

Du premier retard à la récupération des loyers
  1. 1

    Relance et mise en demeure

    Rappel écrit de l'échéance, puis recommandé, sans l'indemnité de 40 € des factures, dont l'application à un loyer n'est pas acquise.

  2. 2

    Commandement visant la clause résolutoire

    Acte de commissaire de justice mentionnant le délai d'un mois, à peine de nullité (article L145-41).

    1 mois

  3. 3

    Juge des référés

    Constat de l'acquisition de la clause résolutoire et provision sur les loyers, si le locataire ne s'est pas libéré.

  4. 4

    Commandement de quitter les lieux

    Décision de justice, puis commandement d'avoir à libérer les locaux avant toute expulsion (article L411-1).

  5. 5

    Recouvrement de la dette

    Titre exécutoire, saisies, dépôt de garantie, garant : voir les sections suivantes.

Articles L145-41 du Code de commerce, L411-1 et L511-2 du Code des procédures civiles d'exécution.

Le commandement visant la clause résolutoire

« Toute clause insérée dans le bail prévoyant la résiliation de plein droit ne produit effet qu’un mois après un commandement demeuré infructueux. Le commandement doit, à peine de nullité, mentionner ce délai » (article L145-41 du Code de commerce).

En pratique :

  • le commandement est un acte de commissaire de justice ; demandez son devis avant de le saisir ;
  • il vise expressément la clause résolutoire du bail et mentionne le délai d’un mois ;
  • il détaille les loyers et charges réclamés, que vous devez pouvoir justifier : le bail comporte un inventaire des charges, impôts, taxes et redevances, avec un état récapitulatif annuel adressé au locataire (article L145-40-2) ;
  • il ne vaut pas titre exécutoire : il ouvre le délai d’un mois, il ne permet ni saisie ni expulsion.

Ce qui a changé avec la loi du 26 mai 2026

La loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 a modifié plusieurs articles du statut des baux commerciaux. Trois points concernent directement un bailleur confronté à un impayé :

MesureArticleCe que dit le texteCe que cela change pour le bailleur
Délais de grâceL145-41Les délais de paiement et la suspension des effets de la clause résolutoire pour non-paiement des loyers sont conditionnés à la capacité du locataire à régler la dette locative et à la reprise du versement intégral du loyer courant avant la première audienceUn locataire qui ne paie plus rien ne peut plus compter sur ces délais
Paiement mensuel du loyerL145-32-1Le paiement mensuel est de droit sur demande du locataire d’un local de commerce de détail ou de gros ou de prestations de services commerciales ou artisanales, sous réserve de l’absence d’arriérés non contestésVous pouvez refuser la mensualisation à un locataire qui a des arriérés non contestés
Plafond des garantiesL145-40Pour ces mêmes locaux, les sommes versées en garantie, comme la valeur des biens, titres, engagements et garanties de toute nature demandés, ne peuvent excéder un trimestre de loyerContrôlez vos baux : une garantie supérieure à un trimestre peut être irrégulière

Les nouvelles conditions de l’article L145-41 s’appliquent aux demandes de suspension introduites à compter de l’entrée en vigueur de la loi. Les dates d’application des autres mesures aux baux en cours et aux baux renouvelés sont à vérifier pour votre bail, auprès d’un avocat.

Les délais de grâce du locataire

Le locataire peut demander au juge de reporter ou d’échelonner le paiement, dans la limite de deux années (article 1343-5 du Code civil). Le juge peut alors suspendre la réalisation et les effets de la clause résolutoire, tant que la résiliation n’a pas été constatée ou prononcée par une décision ayant acquis l’autorité de la chose jugée ; la clause ne joue pas si le locataire se libère dans les conditions fixées par le juge (article L145-41). Sa décision suspend les procédures d’exécution engagées, et les pénalités de retard ne sont pas encourues pendant le délai fixé (article 1343-5).

Depuis la loi du 26 mai 2026, ces délais pour non-paiement des loyers supposent que le locataire puisse régler sa dette et ait repris le loyer courant avant la première audience. C’est un argument à développer dans vos écritures : produisez les relevés de paiement et les derniers impayés.

L’expulsion et ses conditions

L’expulsion d’un immeuble ne peut être poursuivie qu’en vertu d’une décision de justice ou d’un procès-verbal de conciliation exécutoire, et après signification d’un commandement d’avoir à libérer les locaux (article L411-1 du Code des procédures civiles d’exécution). Le juge peut accorder aux occupants de locaux à usage professionnel dont l’expulsion a été ordonnée des délais renouvelables, de un mois à un an, dans les conditions des articles L412-3 et L412-4.

Faites établir un état des lieux de sortie : à défaut d’état des lieux amiable, un commissaire de justice l’établit, à frais partagés par moitié entre bailleur et locataire (article L145-40-1). Le bailleur qui n’a pas fait toutes diligences ne peut invoquer la présomption de l’article 1731 du Code civil.

Récupérer les loyers

MoyenContenuRéférence
Mesure conservatoire sans autorisationSaisie conservatoire ou sûreté judiciaire, sans autorisation préalable du juge pour un loyer impayé résultant d’un contrat écrit de louage d’immeublesArticles L511-1 et L511-2 du CPCE
Titre exécutoireInjonction de payer ou référé-provision, puis saisiesVoir les guides
Dépôt de garantieDéduction des sommes restant dues, restitution dans un délai ne pouvant excéder trois mois après la remise des clésArticle L145-40
PrescriptionCinq ans à compter du jour où l’on a connu ou aurait dû connaître les faitsArticle 2224 du Code civil

Pensez au délai de prescription des loyers les plus anciens : une procédure engagée tardivement ne couvre plus les échéances prescrites.

Le garant et le dépôt de garantie

Le cautionnement d’une personne physique n’est valable que si elle appose elle-même la mention manuscrite prévue par l’article 2297 du Code civil, avec le montant en principal et accessoires en toutes lettres et en chiffres, à peine de nullité. Vérifiez cet acte avant de poursuivre la caution : voir caution et dirigeant : se retourner contre un garant.

Si vous êtes un créancier professionnel, le Code civil vous impose aussi d’informer toute caution personne physique de la défaillance du débiteur principal dès le premier incident de paiement non régularisé dans le mois, sous peine de déchéance des intérêts et pénalités échus entre l’incident et l’information (article 2303), puis de l’informer chaque année avant le 31 mars du montant restant dû (article 2302). Un bailleur personne physique n’est pas toujours un créancier professionnel : faites vérifier votre situation.

Le dépôt de garantie ne porte pas intérêt au profit du locataire pour les locaux concernés par le plafond, et sa restitution est encadrée par l’article L145-40 (voir plus haut).

Si le locataire est en procédure collective

SituationRègleRéférence
Loyers antérieurs au jugement d’ouvertureLe défaut de paiement n’ouvre droit qu’à déclaration au passifArticle L622-13
Loyers postérieursPayés à leur échéance ; s’ils ne le sont pas, payés par privilège avant les autres créances, sous réserve des exceptions du texteArticle L622-17
Résiliation pour loyers postérieurs impayésLe bailleur ne peut agir qu’au terme d’un délai de trois mois à compter du jugement ; un paiement avant ce délai évite la résiliationArticle L622-14
Liquidation judiciaireRésiliation pour causes antérieures : demande à introduire dans les trois mois de la publication du jugementArticle L641-12

Pour la déclaration de créance, voir créance sur une entreprise en difficulté.

Modèle et outils

Le courrier ci-dessous sert à confier au commissaire de justice la délivrance du commandement. Il remplace avantageusement un échange oral et lui donne tous les éléments.

Commandement de payer

Modèle : Instruction au commissaire de justice, commandement visant la clause résolutoire

À adresser au commissaire de justice, avec le bail, le décompte et les justificatifs de charges. Il vérifie que le commandement mentionne le délai d'un mois, à peine de nullité.

Objet : Commandement de payer visant la clause résolutoire : bail du [DATE] - [NOM DU LOCATAIRE]

[VOTRE NOM OU DÉNOMINATION SOCIALE] [Adresse ou siège social], SIREN [NUMÉRO]

À l’attention de Maître [NOM], commissaire de justice [Étude, adresse]

[Ville], le [Date]

Maître,

Je vous prie de délivrer à la société [NOM DU LOCATAIRE] ([ADRESSE DES LOCAUX LOUÉS]) un commandement de payer visant la clause résolutoire du bail commercial conclu le [DATE] pour les locaux situés [ADRESSE].

Clause résolutoire : article [NUMÉRO] du bail, dont vous trouverez le texte en pièce jointe.

Sommes dues au [DATE] :

  • Loyers impayés : [PÉRIODES ET MONTANTS] €
  • Charges, impôts et taxes justifiés : [PÉRIODES ET MONTANTS] €
  • Total : [MONTANT] €

Garant(s) ou caution(s) à informer : [NOM, ADRESSE, OU « aucun »]

Je vous rappelle que le commandement doit mentionner, à peine de nullité, que la clause résolutoire ne produit effet qu’un mois après sa délivrance (article L145-41 du Code de commerce).

Merci de m’indiquer le coût prévisionnel de votre intervention et de me tenir informé de chaque étape.

Pièces jointes : bail et avenants, décompte détaillé, avis d’échéance, inventaire des charges et état récapitulatif annuel, mise en demeure et accusé de réception.

Je vous prie d’agréer, Maître, l’expression de mes salutations distinguées.

[Signature]

Les erreurs à éviter

ErreurPourquoi c’est un problème
Un commandement qui omet le délai d’un moisIl est nul (article L145-41)
Réclamer des charges non justifiéesLe bail doit comporter un inventaire des charges et un état récapitulatif annuel (article L145-40-2)
Expulser sans décision de justiceL’expulsion n’est possible qu’en vertu d’une décision ou d’un procès-verbal de conciliation exécutoire (article L411-1)
Exiger une garantie supérieure à un trimestre de loyerPlafond de l’article L145-40 pour les locaux concernés
Réclamer l’indemnité de 40 € sans avis d’un avocatElle est prévue pour les retards de paiement entre professionnels (articles L441-10 et D441-5) ; son application à un loyer n’est pas acquise
Agir contre un locataire en redressement comme avant le jugementLoyers antérieurs : déclaration au passif seulement (article L622-13)
Ne pas informer la caution (si vous êtes créancier professionnel)Déchéance des intérêts et pénalités (article 2303 du Code civil)
Laisser courir la prescriptionCinq ans (article 2224 du Code civil)

Quand déléguer ?

Un bail commercial est un contrat technique et ses règles viennent d’être modifiées. Pour la résiliation et l’expulsion, un avocat spécialisé en baux commerciaux est le bon interlocuteur. Pour recouvrer les loyers et chiffrer ce que le locataire doit, un cabinet partenaire peut vérifier la solvabilité du locataire, négocier un échéancier et préparer la suite, ses honoraires étant prélevés sur les sommes récupérées, sans avance de frais de votre part pour son accompagnement, les frais de commissaire de justice et d’avocat étant à prévoir séparément. Voir le comparatif des intervenants et combien coûte le recouvrement. Vous pouvez aussi faire étudier votre dossier par nos experts.

Références Sources officielles

Textes consultés le 29 octobre 2026. Les liens renvoient aux versions en vigueur ; une réforme postérieure peut modifier les délais et les montants cités.

Questions fréquentes (FAQ)

Quel délai faut-il attendre après le commandement de payer ?

Un mois. Toute clause de résiliation de plein droit insérée dans un bail commercial ne produit effet qu'un mois après un commandement demeuré infructueux, et le commandement doit mentionner ce délai à peine de nullité (article L145-41 du Code de commerce). Passé ce délai sans paiement, vous pouvez saisir le juge pour faire constater l'acquisition de la clause.

Le locataire peut-il encore obtenir des délais de paiement ?

Oui, mais plus difficilement depuis la loi du 26 mai 2026. Pour les loyers impayés, le juge ne peut accorder des délais et suspendre les effets de la clause résolutoire que si le locataire est en capacité de régler sa dette et a repris le versement intégral du loyer courant avant la date de la première audience (article L145-41). Les délais, fondés sur l'article 1343-5 du Code civil, ne peuvent pas dépasser deux ans.

Puis-je faire saisir les biens du locataire sans autorisation du juge ?

Pour un loyer impayé résultant d'un contrat écrit de louage d'immeubles, une autorisation préalable du juge n'est pas nécessaire pour pratiquer une mesure conservatoire, c'est-à-dire une saisie conservatoire ou une sûreté judiciaire (article L511-2 du Code des procédures civiles d'exécution). Cette mesure sécurise votre créance mais ne vous paie pas : il faut ensuite un titre exécutoire.

Quel montant de dépôt de garantie puis-je exiger, et quand le restituer ?

Pour les locaux concernés par la mensualisation du loyer (commerce de détail ou de gros, prestations de services commerciales ou artisanales), les sommes versées en garantie ne peuvent pas excéder un trimestre de loyer, selon l'article L145-40 modifié par la loi du 26 mai 2026. Elles sont restituées dans un délai ne pouvant excéder trois mois à compter de la remise des clés, déduction faite des sommes restant dues au bailleur et justifiées.

Mon locataire est en redressement judiciaire : puis-je demander la résiliation du bail ?

Pas pour les loyers antérieurs au jugement d'ouverture : ils se déclarent au passif (article L622-13). Pour les loyers postérieurs impayés, le bailleur ne peut demander la résiliation ou faire constater la résiliation qu'au terme d'un délai de trois mois à compter du jugement ; si le paiement intervient avant, il n'y a pas lieu à résiliation (article L622-14). En liquidation judiciaire, des règles voisines s'appliquent (article L641-12).

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Ce guide est informatif et ne remplace pas un conseil juridique adapté à votre situation. Dernière vérification des textes cités : 24 octobre 2026.