Procédure · 5 min de lecture

Injonction de payer : mode d'emploi pas à pas

L'injonction de payer est une procédure judiciaire rapide et non contradictoire au départ, permettant d'obtenir un titre exécutoire contre un débiteur défaillant. Elle suppose une créance certaine, liquide, exigible et contractuelle, et se déroule en 5 étapes, de la requête au greffe à l'apposition de la formule exécutoire.

Par Gary Bramnik · Mis à jour le 2 octobre 2026

Ordonnance revêtue d'un sceau, avec un parcours fléché depuis une requête jusqu'au document officiel

L'essentiel en 4 points

  • Procédure réservée aux créances contractuelles certaines, liquides et exigibles (art. 1405 CPC).
  • L'ordonnance doit obligatoirement être signifiée par commissaire de justice sous 6 mois.
  • Le débiteur dispose d'un délai d'un mois après signification pour former opposition.
  • En l'absence d'opposition, le créancier obtient un titre exécutoire valable 10 ans.

Quand les relances écrites et la mise en demeure restent infructueuses, l’injonction de payer est la première procédure judiciaire à envisager : rapide, économique et sans audience contradictoire au départ tant que le débiteur ne formule pas d’opposition.

Elle permet d’obtenir rapidement un titre exécutoire sans subir les lenteurs et les frais élevés d’un procès ordinaire.

Les conditions impératives de recevabilité

Pour qu’une requête en injonction de payer soit acceptée par le juge (articles 1405 et suivants du Code de procédure civile), la créance doit répondre à trois critères juridiques stricts :

  1. Être certaine : son existence doit être indiscutable et prouvée par des documents contractuels (contrat, devis signé, bon de commande, lettre de mission).
  2. Être liquide : son montant doit être déterminé avec précision (facture arrêtée, décompte chiffré des pénalités).
  3. Être exigible : la date d’échéance convenue doit être impérativement dépassée.
  4. Reposer sur un fondement contractuel ou une obligation statutaire (les créances délictuelles sont exclues).

Le dossier de preuves à constituer pour le greffe

La solidité de votre dossier conditionne l’acceptation immédiate de l’ordonnance par le magistrat. Vous devez joindre au formulaire officiel :

  • Le bon de commande ou devis accepté (portant la mention manuscrite « Bon pour accord », la date et la signature du débiteur) ;
  • Vos conditions générales de vente (CGV) opposables au client ;
  • La ou les factures impayées échues ;
  • La preuve de l’exécution intégrale de la prestation (bon de livraison émargé, procès-verbal de réception des travaux sans réserve, échange d’emails actant la livraison) ;
  • La copie de la mise en demeure en recommandé avec accusé de réception et l’avis postal de réception ;
  • Le décompte précis et exhaustif des sommes : principal impayé, intérêts et pénalités de retard B2B, ainsi que l’indemnité forfaitaire de 40 €.

Les 5 étapes de la procédure, de la requête au titre exécutoire

Chronologie complète de l'injonction de payer
  1. 1

    Dépôt de la requête

    Dépôt au greffe du tribunal compétent avec le formulaire Cerfa et le bordereau des pièces justificatives.

  2. 2

    Examen par le magistrat

    Le juge étudie le dossier sans convoquer les parties et rend son ordonnance (acceptation totale, partielle ou rejet).

  3. 3

    Signification par commissaire

    Signification obligatoire au débiteur par un commissaire de justice sous peine de caducité.

    Sous 6 mois max

  4. 4

    Délai légal d'opposition

    Le débiteur dispose d'un mois après signification pour contester la décision.

    1 mois calendaire

  5. 5

    Formule exécutoire

    Sans opposition, le greffe appose la formule exécutoire : le titre devient définitif et permet les saisies bancaires.

Procédure régie par les articles 1405 à 1425 du Code de procédure civile.

1. La rédaction et le dépôt du formulaire Cerfa

  • Débiteur commerçant ou société commerciale : requête déposée devant le greffe du Tribunal de commerce (Cerfa n° 12946*02). Frais de greffe : environ 33,47 € TTC.
  • Débiteur particulier, artisan ou profession libérale : requête devant le Tribunal judiciaire (Cerfa n° 14896*04). Gratuit pour le dépôt.

2. La signification impérative sous 6 mois

Lorsque le juge rend une ordonnance favorable, celle-ci vous est notifiée par le greffe.

Attention au piège de la caducité : vous devez obligatoirement mandater un commissaire de justice (anciennement huissier de justice) pour faire signifier cette ordonnance au débiteur dans un délai maximal de 6 mois (article 1411 du CPC). Passé ce délai, l’ordonnance devient caduque et non avenue : il vous faudrait recommencer toute la procédure depuis le début.

3. Que se passe-t-il si le débiteur fait opposition ?

Le débiteur dispose d’un délai d’un mois à compter de la signification pour former opposition auprès du greffe (article 1416 du CPC).

  • S’il fait opposition, l’ordonnance est anéantie et l’affaire bascule automatiquement en procédure contradictoire ordinaire : le tribunal convoque alors les deux parties à une audience publique de jugement.
  • C’est pourquoi la rigueur des pièces justificatives initiales est capitale.

4. L’obtention du titre exécutoire définitif

Si le débiteur ne forme aucune opposition dans le délai d’un mois, vous demandez au greffe du tribunal de délivrer le certificat de non-opposition et d’apposer la formule exécutoire.

L’ordonnance acquiert alors tous les effets d’un jugement définitif ayant autorité de la chose jugée :

Faut-il recourir à un avocat ou à un cabinet spécialisé ?

La représentation par avocat n’est pas obligatoire pour déposer une requête en injonction de payer.

Cependant, confier cette démarche à des professionnels du recouvrement offre une garantie essentielle :

  • Audit préalable de solvabilité : vérifier que le débiteur est solvable et n’est pas déjà en cessation des paiements (guide des procédures collectives) ;
  • Sécurisation du dossier de pièces : éviter tout rejet de requête par le magistrat pour vice de forme ou calcul erroné des intérêts ;
  • Tarifs négociés avec les commissaires de justice : coordination fluide de la signification et des saisies.

Pour évaluer la meilleure stratégie entre négociation amiable et procédure judiciaire, consultez notre comparatif : cabinet de recouvrement ou commissaire de justice ?.

Questions fréquentes (FAQ)

Quel est le coût réel d'une procédure d'injonction de payer ?

Devant le Tribunal de commerce, les frais de greffe s'élèvent à environ 33,47 € TTC (tarifs réglementés). Devant le Tribunal judiciaire, le dépôt de la requête est gratuit. À cela s'ajoutent les frais de signification par commissaire de justice (environ 80 à 100 € TTC selon barème réglementé). Ces frais de justice sont légalement mis à la charge finale du débiteur condamné.

Combien de temps faut-il pour obtenir une ordonnance d'injonction de payer ?

Le délai moyen varie de 3 à 8 semaines selon l'encombrement du tribunal compétent. Les tribunaux de commerce des grandes agglomérations traitent généralement les requêtes complètes en un mois. En comptant le délai de signification et le mois d'opposition, l'obtention du titre exécutoire définitif prend en moyenne 2 à 3 mois.

Que faire si le juge rejette la requête en injonction de payer ?

Le rejet d'une requête en injonction de payer n'est pas susceptible de recours (article 1409 CPC). Cependant, ce rejet n'éteint pas votre créance : vous conservez l'entière liberté d'assigner le débiteur selon la procédure contentieuse ordinaire au fond ou en référé-provision pour faire trancher le litige lors d'une audience contradictoire.

Quel tribunal saisir : Tribunal de commerce ou Tribunal judiciaire ?

Si votre débiteur est une société commerciale (SARL, SAS, SA) ou un commerçant immatriculé au RCS, la requête doit être déposée devant le Tribunal de commerce de son siège social. Si le débiteur est un particulier, un artisan, une profession libérale, une SCI ou une association, c'est le Tribunal judiciaire territorialement compétent qui doit être saisi.

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