L'essentiel en 4 points
- L'amiable ne contraint personne : il fonctionne si le débiteur peut payer et veut éviter le tribunal.
- Le judiciaire donne un titre exécutoire mais exige un dossier de preuves et prend plusieurs semaines à plusieurs mois.
- Les deux voies peuvent se mener de front : l'amiable n'interrompt pas la prescription, la demande en justice si.
- Une médiation ou une conciliation convenue suspend la prescription (art. 2238 du Code civil).
Face à une facture impayée, deux familles de solutions s’offrent à vous : l’amiable (négocier) et le judiciaire (contraindre). Les opposer est une erreur : dans la plupart des dossiers, la bonne stratégie combine les deux, dans le bon ordre. Ce guide vous aide à choisir, et à ne pas laisser filer la prescription pendant que vous négociez.
Amiable et judiciaire en un tableau
| Critère | Amiable | Judiciaire |
|---|---|---|
| Force contraignante | Aucune : le débiteur paie parce qu’il le décide | Titre exécutoire : saisies possibles |
| Coût | Souvent au succès, sans avance de frais (détails) | Frais de greffe et de signification avancés, avocat éventuel |
| Délai | Quelques semaines | De quelques semaines à plus d’un an |
| Relation commerciale | Préservée | Souvent rompue |
| Dossier de preuves | Allégé | Complet : contrat, facture, livraison, relances |
| Contestation sérieuse | Inadaptée : on négocie sans trancher | Nécessaire : le juge tranche |
| Prescription | N’interrompt pas | Interrompue dès la demande en justice |
| Discrétion | Totale | Les décisions peuvent être publiques |
Quelques semaines · Jusqu'à 2-3 mois si un échéancier est négocié
2 à 3 mois jusqu'au titre définitif · Les saisies ajoutent quelques semaines
Plusieurs mois à plus d'un an · Selon l'encombrement du tribunal et un éventuel appel
Ordres de grandeur indicatifs : les délais varient fortement selon la juridiction, l'attitude du débiteur et la complexité du dossier.
Quand l’amiable suffit
L’amiable fonctionne lorsque trois conditions sont réunies :
- la dette n’est pas sérieusement contestée ;
- le débiteur a les moyens de payer ou de s’étaler ;
- vous avez le temps : la prescription n’est pas proche.
Il comprend la relance, la mise en demeure, l’échéancier signé et l’intervention d’un cabinet de recouvrement. Il règle l’immense majorité des retards, à moindre coût.
Quand il faut passer au judiciaire
Le judiciaire devient nécessaire quand :
- le débiteur ne répond plus malgré la mise en demeure ;
- il multiplie les promesses sans payer ;
- la prescription approche ;
- vous voulez bloquer des fonds avant qu’il n’organise son insolvabilité (mesure conservatoire sur autorisation du juge, à faire préparer par un professionnel) ;
- la dette est contestée de façon sérieuse et seul un juge peut trancher.
La voie la plus utilisée pour une créance non contestée est l’injonction de payer : rapide, sans audience, sans avocat obligatoire. Une fois le titre obtenu, vous passez aux saisies.
Votre situation, la voie recommandée
| Situation | Voie recommandée | Pourquoi |
|---|---|---|
| Retard récent d’un client habituel solvable | Amiable : relance puis mise en demeure | Rapide, relation préservée |
| Silence après mise en demeure, créance incontestée | Injonction de payer | Titre rapide et peu coûteux ; amiable possible en parallèle |
| Contestation sérieuse (qualité, prix) | Médiation, puis référé ou avocat | Un tiers doit trancher (guide) ; contestation non sérieuse : référé-provision |
| Petite créance (quelques centaines d’euros) | Amiable ou conciliateur de justice | Les frais d’une procédure peuvent dépasser l’enjeu |
| Créance de 5 000 € ou moins, débiteur non commerçant qui accepte de discuter | Procédure simplifiée du commissaire de justice | Titre exécutoire sans juge, mais sur accord du débiteur et à vos frais (guide) |
| Grosse créance (plusieurs dizaines de milliers d’euros) | Amiable et procédure préparée en parallèle | L’enjeu justifie de sécuriser la voie judiciaire |
| Débiteur de bonne foi, tendu en trésorerie | Échéancier signé | Reconnaissance de dette, interrompt la prescription |
| Débiteur qui organise son insolvabilité | Judiciaire immédiat | Chaque jour réduit les biens saisissables |
| Créance proche de la prescription | Judiciaire immédiat | Seule la demande en justice interrompt (délais) |
| Débiteur particulier | Amiable d’abord, cadre strict | Prescription de 2 ans, règles de consommation (guide) |
| Débiteur à l’étranger | Amiable en langue locale, puis procédure européenne (UE) ou correspondant local | Outils simplifiés dans l’UE (guide) |
| Débiteur en redressement ou liquidation | Ni l’un ni l’autre : déclaration de créance | Poursuites suspendues (guide) |
Pas sûr de votre cas ? Le diagnostic en trois questions vous donne le plan adapté.
Trois stratégies possibles
- 1
Séquentielle
Amiable d'abord, judiciaire si échec. Simple, mais risque de perdre du temps.
Prescription lointaine
- 2
Parallèle
Un cabinet négocie pendant que la requête est préparée ou déposée.
Prescription proche ou débiteur évasif
- 3
Directe
Injonction de payer d'emblée, sans négociation préalable longue.
Créance certaine, débiteur muet
L’amiable, ce n’est pas seulement un cabinet
Avant de saisir le juge, vous pouvez recourir à un tiers neutre, souvent gratuit ou peu coûteux :
- Le conciliateur de justice : bénévole, gratuit, saisi directement par le créancier ou la juridiction.
- La médiation entre entreprises : le service de Médiation des entreprises traite gratuitement les différends entre une entreprise et son client ou fournisseur.
- La médiation ou la procédure participative : avec un médiateur privé ou assistés d’avocats.
Un avantage décisif : une médiation ou une conciliation convenue suspend la prescription (article 2238 du Code civil), qui ne recommence à courir qu’à son terme et pour au moins six mois. Pour un litige de moins de 5 000 € destiné au tribunal judiciaire, cette démarche est en principe exigée avant la saisine.
Proposition de conciliation préalable au débiteur
À envoyer après une mise en demeure restée sans effet, avant de saisir le tribunal. Elle propose un tiers neutre et fixe un délai de réponse.
Madame, Monsieur,
Malgré notre mise en demeure du [DATE] restée sans suite, la facture n° [NUMÉRO] du [DATE], d’un montant de [MONTANT] € TTC échue le [DATE D’ÉCHÉANCE], demeure impayée.
Avant d’engager une procédure judiciaire, qui serait coûteuse pour chacun de nous, nous vous proposons de recourir à une tentative de règlement amiable avec l’aide d’un tiers neutre :
- soit un conciliateur de justice (gratuit) ;
- soit un médiateur de votre choix, parmi ceux que nous pouvons vous proposer, dont les frais seraient partagés.
Nous vous invitons à nous répondre par écrit avant le [DATE, soit 15 jours], en nous indiquant la solution que vous retenez. Pendant cette démarche, aucune action judiciaire ne sera engagée, sous réserve du paiement ou du respect du calendrier convenu.
À défaut de réponse ou de refus de votre part, nous saisirons la juridiction compétente, y compris pour demander que les frais de procédure soient mis à votre charge.
Veuillez agréer, Madame, Monsieur, l’expression de nos salutations distinguées.
[Nom, qualité, société]
Les sept vérifications avant de saisir le juge
Gagner un procès ne sert à rien si l’on ne peut pas se faire payer. Avant d’engager des frais :
| Vérification | Le piège évité |
|---|---|
| La créance est certaine, liquide et exigible (somme d’argent d’origine contractuelle) | Rejet de la requête en injonction de payer |
| Le dossier de preuves est complet (contrat, facture, livraison, relances) | Débouté faute de preuve |
| L’adresse du débiteur est exacte | Signification impossible |
| Le débiteur est solvable ou a des biens saisissables (comptes, créances, stocks) | Titre exécutoire inutilisable |
| Il n’est pas en procédure collective (recherche au BODACC) | Procédure vaine : il faut déclarer la créance |
| Le coût reste proportionné à l’enjeu | Gagner moins que ce que coûte la procédure |
| La prescription n’est pas dépassée | Demande irrecevable |
Pour la solvabilité, un commissaire de justice peut mener des recherches (employeur, banques, biens) et un cabinet de recouvrement vous orientera sur la rentabilité de chaque voie.
Arbitrer avec un professionnel
Si vous hésitez, un cabinet partenaire analyse votre dossier gratuitement, vous indique la voie la plus rentable et, au besoin, prépare la suite judiciaire. Pour savoir à qui confier quoi, voici le choix selon la situation :
Oui, ou dossier complexe
Stratégie contentieuse, assignation, plaidoirie.
Non, créance non contestée
Négocier sans procédure.
Puis commissaire de justice pour signifier et saisir.
Repères généraux : chaque dossier reste à apprécier selon le contrat, le montant et le débiteur.
Pour comparer les coûts de chaque option avant de décider, consultez le guide sur le coût du recouvrement. Avec Mon-Recouvrement.fr, vous n’avancez aucun frais : un cabinet partenaire sous convention étudie votre créance, et des honoraires ne sont dus que si les fonds sont récupérés.
Références Sources officielles
-
Code civil, articles 2224, 2238 et 2241 (prescription, médiation, demande en justice)
-
Code de procédure civile, articles 1405 à 1422 (injonction de payer)
-
Code des procédures civiles d'exécution, article L111-3 (titres exécutoires)
Textes consultés le 29 octobre 2026. Les liens renvoient aux versions en vigueur ; une réforme postérieure peut modifier les délais et les montants cités.
Questions fréquentes (FAQ)
Faut-il obligatoirement tenter l'amiable avant d'aller en justice ?
Pas de façon générale : une requête en injonction de payer peut être déposée sans tentative préalable. En revanche, pour certains litiges de moins de 5 000 € portés devant le tribunal judiciaire, une tentative de conciliation, de médiation ou de procédure participative est en principe exigée, sous peine d'irrecevabilité. Dans tous les cas, une relance et une mise en demeure préalables restent vivement conseillées.
Peut-on mener l'amiable et le judiciaire en même temps ?
Oui, et c'est souvent la meilleure stratégie quand la prescription approche ou que le débiteur traîne. Le cabinet négocie pendant que vous préparez la requête. Prévenez le cabinet de toute action engagée et déclarez-lui tout paiement reçu, car les honoraires peuvent rester dus sur un paiement direct.
L'amiable interrompt-il la prescription ?
Non : relances, mises en demeure et négociations avec un cabinet ne l'interrompent pas. Seuls une demande en justice, un acte d'exécution forcée ou la reconnaissance de la dette par le débiteur le font. Une médiation ou une conciliation convenue entre les parties suspend en revanche le délai (article 2238 du Code civil), qui ne recommence à courir qu'à son terme, pour au moins six mois.
Quelle voie est la moins chère ?
L'amiable au succès n'implique aucune avance de frais : vous ne payez que si les fonds sont récupérés. Côté judiciaire, l'injonction de payer est la procédure la moins coûteuse (pas d'avocat obligatoire, frais de greffe et de signification réglementés), alors qu'une procédure au fond ajoute des honoraires d'avocat. Voir notre guide sur le coût du recouvrement.
Que faire si le débiteur ne paie pas malgré l'ordonnance d'injonction de payer ?
Une fois l'ordonnance signifiée sans opposition, elle reçoit la formule exécutoire. Vous pouvez alors confier le titre à un commissaire de justice pour des saisies : saisie-attribution sur compte bancaire, saisie-vente ou saisie des rémunérations. Les frais d'exécution sont en principe supportés par le débiteur.
Faites étudier votre dossier, sans avance de frais.
Un expert vous rappelle sous 24 h. Rémunération uniquement sur les sommes effectivement récupérées.
Exprimer mon besoinCe guide est informatif et ne remplace pas un conseil juridique adapté à votre situation. Dernière vérification des textes cités : 24 octobre 2026.