Procédure · 8 min de lecture

Expulsion pour loyer impayé : les étapes réelles

L'expulsion d'un locataire passe par quatre actes successifs : commandement de payer, assignation, jugement, commandement de quitter les lieux. Le locataire dispose de deux mois après ce dernier acte, et la trêve hivernale reporte l'exécution du 1er novembre au 31 mars. Le bailleur ne peut jamais reprendre le logement lui-même, même avec un jugement.

Par Gary Bramnik · Mis à jour le 30 octobre 2026

Entrée d'immeuble résidentiel avec chemin de documents juridiques, calendrier et clé

L'essentiel en 5 points

  • Aucune expulsion n'est possible sans décision de justice : le bailleur ne peut ni changer la serrure, ni retirer les biens, ni couper les accès (article L411-1 du Code des procédures civiles d'exécution).
  • Le commandement de quitter les lieux laisse au locataire un délai de deux mois, que le juge de l'exécution peut réduire ou prolonger selon sa situation (articles L412-1 à L412-3).
  • L'assignation en expulsion doit être notifiée au préfet au moins six semaines avant l'audience, à peine d'irrecevabilité (article 24 III de la loi du 6 juillet 1989).
  • La trêve hivernale, du 1er novembre au 31 mars, reporte l'exécution mais ne suspend ni la dette ni la procédure, et ne s'applique pas en cas de relogement adapté ou d'occupation sans titre.
  • L'expulsion forcée par le bailleur est punie de trois ans d'emprisonnement et 30 000 € d'amende (article 226-4-2 du Code pénal).

L’expulsion est la dernière étape d’un impayé, pas la première. Elle suppose une dette constatée, un bail résilié et une décision de justice. Chaque acte a son délai, et chaque délai manqué peut coûter des semaines. Ce guide donne la séquence complète, les temps réels et les points où les procédures se perdent.

Pour l’amont, voir loyer impayé : que faire. Pour l’acte qui déclenche tout, voir le commandement de payer.

La séquence complète

Quatre actes, quatre délais
  1. 1

    Commandement de payer

    Acte de commissaire de justice visant la clause résolutoire, avec décompte et mentions obligatoires.

    6 semaines

  2. 2

    Assignation

    Notification au préfet six semaines avant l'audience. Le juge examine la dette, le bail et la situation du locataire.

    Audience 2 à 4 mois

  3. 3

    Commandement de quitter

    Signifié après le jugement. Il ouvre un délai de deux mois, modulable par le juge de l'exécution.

    2 mois

  4. 4

    Exécution

    Hors trêve hivernale, avec concours de la force publique si le locataire ne part pas.

    1er avril au 31 octobre

La procédure est prévue par les articles L411-1 et suivants du Code des procédures civiles d'exécution.

Étape 1 : le commandement de payer

Le commandement de payer est un acte de commissaire de justice, pas une lettre recommandée. Il contient le décompte des sommes dues, vise la clause résolutoire du bail, rappelle le délai de six semaines et informe le locataire des aides et des voies de recours disponibles.

Deux obligations accompagnent l’acte :

  • Signalement à la CCAPEX dès que l’impayé atteint deux mois sans interruption ou deux fois le loyer mensuel hors charges. Ce signalement conditionne l’accès du locataire aux aides du département.
  • Information de l’organisme d’aide au logement si le locataire perçoit une aide : le bailleur doit déclarer l’impayé à la Caf ou à la MSA.

Si le locataire règle l’intégralité de la dette dans les six semaines, la clause résolutoire est réputée n’avoir jamais joué. S’il règle une partie seulement, la clause produit effet : le bail est résilié de plein droit, et le bailleur peut assigner.

Étape 2 : l’assignation et l’audience

L’assignation est délivrée par commissaire de justice au locataire. Elle doit être notifiée au préfet au moins six semaines avant l’audience, à peine d’irrecevabilité (article 24 III de la loi du 6 juillet 1989). C’est l’irrégularité la plus fréquente et la plus coûteuse : le juge ne peut pas examiner la demande, et le bailleur doit recommencer.

Le dossier comporte en principe :

PiècePourquoi elle est exigée
Bail et avenantsProuver la clause résolutoire et le montant du loyer
Commandement de payer et preuve de significationProuver le point de départ du délai de six semaines
Décompte actualisé à la date de l’audienceÉviter un renvoi pour chiffres périmés
Justificatif du signalement CCAPEXCondition d’accès aux aides et preuve de diligence
Notification au préfetCondition de recevabilité
Diagnostic social et financierÉclaire le juge sur la situation du locataire
Preuves des aides demandées ou obtenuesProuve la bonne foi du bailleur

Le diagnostic social et financier est établi par un travailleur social, souvent à la demande du préfet ou du tribunal. Il ne bloque pas la procédure, mais son absence peut être relevée par le juge.

À l’audience, le locataire peut demander des délais, contester le décompte, invoquer l’indécence du logement ou produire un plan d’apurement. Le juge peut :

  • constater la résiliation du bail et condamner au paiement de l’arriéré ;
  • ordonner l’expulsion, avec ou sans délai de départ ;
  • accorder des délais de paiement et suspendre les effets de la clause résolutoire ;
  • fixer une indemnité d’occupation due jusqu’au départ effectif ;
  • débouter le bailleur si la procédure est irrégulière ou si la dette n’est pas justifiée.

Étape 3 : le commandement de quitter les lieux

Une fois le jugement rendu, le commissaire de justice signifie la décision et délivre un commandement de quitter les lieux. Le locataire dispose alors de deux mois (article L412-1).

Le juge de l’exécution peut intervenir sur demande du locataire :

DemandeEffetContrepartie
Délai supplémentaireReport du départ, en principe trois mois au maximumLe locataire doit justifier de sa situation
Réduction ou suppression du délaiExécution plus rapideLe locataire dispose d’un relogement adapté
Contestation de l’acteSuspension jusqu’à décisionIrrégularité de forme ou de fond à démontrer

Un locataire qui n’a pas quitté les lieux à l’expiration du délai peut être condamné à une amende de 7 500 € pour maintien sans droit ni titre en violation d’une décision de justice définitive et d’un commandement régulier de plus de deux mois (article 315-2 du Code pénal). Cette amende ne remplace pas l’expulsion : elle s’y ajoute.

Étape 4 : la trêve et le concours de la force publique

La trêve hivernale court du 1er novembre au 31 mars. Elle reporte l’exécution, mais pas la procédure. Un jugement rendu en décembre s’exécute à partir du 1er avril, et la dette continue de courir pendant tout l’hiver. Le détail figure dans trêve hivernale et loyer impayé.

À l’expiration du délai de deux mois, et hors trêve, le commissaire de justice procède à l’expulsion. Si le locataire refuse l’accès ou si l’occupation est conflictuelle, le commissaire de justice demande le concours de la force publique au préfet.

SituationCe qui se passe
Le locataire part spontanémentRemise des clés, état des lieux de sortie, décompte final
Le locataire est absentExpulsion avec serrurier, inventaire des biens, garde-meuble
Le locataire refuse l’accèsConcours de la force publique demandé au préfet
Le préfet refuse ou ne répond pasLa responsabilité de l’État peut être engagée pour le préjudice subi
Les biens sont laissés sur placeInventaire, mise en garde, délai de récupération

Le refus de l’État d’accorder le concours de la force publique ou son silence prolongé ouvre droit à réparation du préjudice, notamment la perte des loyers et indemnités d’occupation. La demande doit être faite par écrit et datée, avec toutes les pièces de la procédure : c’est cette demande qui fait courir la responsabilité.

Bailleur

Modèle : demande de concours de la force publique

À adresser au préfet du département du logement, en recommandé avec avis de réception, après l'expiration du délai de deux mois et hors trêve hivernale. Joignez l'ensemble des actes.

Objet : Demande de concours de la force publique - expulsion du logement situé [ADRESSE]

[PRÉFET DU DÉPARTEMENT] Direction des sécurités, service de la police administrative [Adresse]

[NOM DU BAILLEUR OU DE LA SOCIÉTÉ] [Adresse] [Téléphone et courriel]

[Ville], le [Date]

Objet : demande de concours de la force publique pour l’exécution d’une mesure d’expulsion Lettre recommandée avec avis de réception

Monsieur le Préfet,

Par jugement du [DATE] du tribunal judiciaire de [VILLE], devenu définitif, l’expulsion de [NOM DU LOCATAIRE] du logement situé [ADRESSE COMPLÈTE] a été ordonnée.

Un commandement de quitter les lieux a été signifié le [DATE] par Maître [NOM], commissaire de justice à [VILLE]. Le délai de deux mois prévu par l’article L412-1 du Code des procédures civiles d’exécution est expiré depuis le [DATE], et nous sommes hors période de trêve hivernale.

Malgré les démarches amiables et les relances du commissaire de justice, l’occupant maintient son occupation sans droit ni titre. Je vous demande donc le concours de la force publique pour permettre l’exécution de la décision.

Pièces jointes :

  • copie du jugement et certificat de non-appel ou de non-opposition ;
  • copie du commandement de quitter les lieux et de sa signification ;
  • procès-verbal du commissaire de justice constatant le maintien dans les lieux ;
  • justificatif de la demande de relogement ou des diligences accomplies ;
  • copie du présent courrier.

Je me tiens à votre disposition pour tout élément complémentaire et vous prie d’agréer, Monsieur le Préfet, l’expression de ma haute considération.

[Signature]

Les irrégularités qui annulent la procédure

IrrégularitéConséquence
Notification au préfet absente ou tardiveAssignation irrecevable
Commandement sans décompte ou sans mention de la clause résolutoireDélai de six semaines non valablement ouvert
Assignation délivrée avant l’expiration des six semainesProcédure prématurée
Signalement CCAPEX omisAccès aux aides bloqué, appréciation défavorable du juge
Logement indécent ou insalubre au moment de l’assignationExpulsion refusée ou procédure fragilisée
Commandement de quitter signifié pendant la trêveExécution impossible avant le 1er avril
Expulsion réalisée sans commissaire de justiceDélit d’expulsion forcée

Les erreurs qui coûtent cher

ErreurConséquence
Attendre six mois avant le premier courrierDette doublée, locataire introuvable, aides expirées
Réclamer des charges non justifiéesContestation globale du décompte, renvoi de l’audience
Négliger la caution ou VisalePerte d’une garantie mobilisable
Faire pression sur le locataire pour qu’il partePlainte pour expulsion forcée, dommages et intérêts
Croire que le jugement suffit à récupérer le logementIl faut encore le commandement de quitter et l’exécution
Abandonner après le départ du locataireLa dette reste récupérable pendant dix ans

Quand déléguer ?

La procédure elle-même n’est pas complexe, mais elle est séquentielle : un acte manqué repousse tout le reste de plusieurs mois. Confiez le dossier à un cabinet partenaire si le locataire conteste, si le logement est dégradé, si la dette dépasse six mois de loyer ou si le concours de la force publique est nécessaire. Les honoraires peuvent être prélevés sur les sommes récupérées, sans avance de frais pour l’analyse. Vous pouvez faire étudier votre dossier.

Pour le locataire, l’ADIL, le travailleur social et le service logement de la mairie peuvent préparer une demande de délai, un relogement ou un dossier FSL. Voir aides Caf, MSA et FSL et locataire insolvable.

Références Sources officielles

Textes consultés le 29 octobre 2026. Les liens renvoient aux versions en vigueur ; une réforme postérieure peut modifier les délais et les montants cités.

Questions fréquentes (FAQ)

Un propriétaire peut-il expulser lui-même son locataire ?

Non, dans aucun cas. Changer les serrures, retirer les biens, couper l'eau ou l'électricité, ou empêcher l'accès constitue une expulsion forcée punie de trois ans d'emprisonnement et 30 000 € d'amende (article 226-4-2 du Code pénal). L'expulsion ne peut être exécutée que par un commissaire de justice, avec le concours de la force publique si nécessaire, en vertu d'une décision de justice.

Quel délai a le locataire pour quitter les lieux après le jugement ?

Le commandement de quitter les lieux laisse en principe deux mois (article L412-1 du Code des procédures civiles d'exécution). Le juge de l'exécution peut accorder un délai supplémentaire, en principe trois mois au maximum, ou au contraire réduire le délai lorsque le locataire dispose d'un relogement correspondant à ses besoins.

La trêve hivernale annule-t-elle l'expulsion ?

Non. Elle reporte l'exécution du 1er novembre au 31 mars pour un locataire sans relogement adapté, mais le jugement reste valable et la dette continue de courir. La procédure judiciaire peut se poursuivre pendant la trêve : une décision rendue en janvier s'exécute à partir du 1er avril.

Que devient la dette après l'expulsion ?

Elle reste due, y compris après le départ du locataire. Le jugement vaut titre exécutoire et permet des saisies pendant dix ans. Pendant l'occupation après résiliation du bail, le locataire doit une indemnité d'occupation, souvent égale au loyer et aux charges, que le juge peut moduler.

Combien de temps prend une expulsion en pratique ?

Trois à six mois entre le commandement de payer et le jugement dans un dossier complet, puis deux mois après le commandement de quitter les lieux. La trêve hivernale peut ajouter cinq mois, et l'obtention du concours de la force publique plusieurs mois. Les dossiers mal préparés, renvoyés ou contestés dépassent souvent un an.

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Ce guide est informatif et ne remplace pas un conseil juridique adapté à votre situation. Dernière vérification des textes cités : 30 octobre 2026.