L'essentiel en 5 points
- Aucune expulsion n'est possible sans décision de justice : le bailleur ne peut ni changer la serrure, ni retirer les biens, ni couper les accès (article L411-1 du Code des procédures civiles d'exécution).
- Le commandement de quitter les lieux laisse au locataire un délai de deux mois, que le juge de l'exécution peut réduire ou prolonger selon sa situation (articles L412-1 à L412-3).
- L'assignation en expulsion doit être notifiée au préfet au moins six semaines avant l'audience, à peine d'irrecevabilité (article 24 III de la loi du 6 juillet 1989).
- La trêve hivernale, du 1er novembre au 31 mars, reporte l'exécution mais ne suspend ni la dette ni la procédure, et ne s'applique pas en cas de relogement adapté ou d'occupation sans titre.
- L'expulsion forcée par le bailleur est punie de trois ans d'emprisonnement et 30 000 € d'amende (article 226-4-2 du Code pénal).
L’expulsion est la dernière étape d’un impayé, pas la première. Elle suppose une dette constatée, un bail résilié et une décision de justice. Chaque acte a son délai, et chaque délai manqué peut coûter des semaines. Ce guide donne la séquence complète, les temps réels et les points où les procédures se perdent.
Pour l’amont, voir loyer impayé : que faire. Pour l’acte qui déclenche tout, voir le commandement de payer.
La séquence complète
- 1
Commandement de payer
Acte de commissaire de justice visant la clause résolutoire, avec décompte et mentions obligatoires.
6 semaines
- 2
Assignation
Notification au préfet six semaines avant l'audience. Le juge examine la dette, le bail et la situation du locataire.
Audience 2 à 4 mois
- 3
Commandement de quitter
Signifié après le jugement. Il ouvre un délai de deux mois, modulable par le juge de l'exécution.
2 mois
- 4
Exécution
Hors trêve hivernale, avec concours de la force publique si le locataire ne part pas.
1er avril au 31 octobre
La procédure est prévue par les articles L411-1 et suivants du Code des procédures civiles d'exécution.
Étape 1 : le commandement de payer
Le commandement de payer est un acte de commissaire de justice, pas une lettre recommandée. Il contient le décompte des sommes dues, vise la clause résolutoire du bail, rappelle le délai de six semaines et informe le locataire des aides et des voies de recours disponibles.
Deux obligations accompagnent l’acte :
- Signalement à la CCAPEX dès que l’impayé atteint deux mois sans interruption ou deux fois le loyer mensuel hors charges. Ce signalement conditionne l’accès du locataire aux aides du département.
- Information de l’organisme d’aide au logement si le locataire perçoit une aide : le bailleur doit déclarer l’impayé à la Caf ou à la MSA.
Si le locataire règle l’intégralité de la dette dans les six semaines, la clause résolutoire est réputée n’avoir jamais joué. S’il règle une partie seulement, la clause produit effet : le bail est résilié de plein droit, et le bailleur peut assigner.
Étape 2 : l’assignation et l’audience
L’assignation est délivrée par commissaire de justice au locataire. Elle doit être notifiée au préfet au moins six semaines avant l’audience, à peine d’irrecevabilité (article 24 III de la loi du 6 juillet 1989). C’est l’irrégularité la plus fréquente et la plus coûteuse : le juge ne peut pas examiner la demande, et le bailleur doit recommencer.
Le dossier comporte en principe :
| Pièce | Pourquoi elle est exigée |
|---|---|
| Bail et avenants | Prouver la clause résolutoire et le montant du loyer |
| Commandement de payer et preuve de signification | Prouver le point de départ du délai de six semaines |
| Décompte actualisé à la date de l’audience | Éviter un renvoi pour chiffres périmés |
| Justificatif du signalement CCAPEX | Condition d’accès aux aides et preuve de diligence |
| Notification au préfet | Condition de recevabilité |
| Diagnostic social et financier | Éclaire le juge sur la situation du locataire |
| Preuves des aides demandées ou obtenues | Prouve la bonne foi du bailleur |
Le diagnostic social et financier est établi par un travailleur social, souvent à la demande du préfet ou du tribunal. Il ne bloque pas la procédure, mais son absence peut être relevée par le juge.
À l’audience, le locataire peut demander des délais, contester le décompte, invoquer l’indécence du logement ou produire un plan d’apurement. Le juge peut :
- constater la résiliation du bail et condamner au paiement de l’arriéré ;
- ordonner l’expulsion, avec ou sans délai de départ ;
- accorder des délais de paiement et suspendre les effets de la clause résolutoire ;
- fixer une indemnité d’occupation due jusqu’au départ effectif ;
- débouter le bailleur si la procédure est irrégulière ou si la dette n’est pas justifiée.
Étape 3 : le commandement de quitter les lieux
Une fois le jugement rendu, le commissaire de justice signifie la décision et délivre un commandement de quitter les lieux. Le locataire dispose alors de deux mois (article L412-1).
Le juge de l’exécution peut intervenir sur demande du locataire :
| Demande | Effet | Contrepartie |
|---|---|---|
| Délai supplémentaire | Report du départ, en principe trois mois au maximum | Le locataire doit justifier de sa situation |
| Réduction ou suppression du délai | Exécution plus rapide | Le locataire dispose d’un relogement adapté |
| Contestation de l’acte | Suspension jusqu’à décision | Irrégularité de forme ou de fond à démontrer |
Un locataire qui n’a pas quitté les lieux à l’expiration du délai peut être condamné à une amende de 7 500 € pour maintien sans droit ni titre en violation d’une décision de justice définitive et d’un commandement régulier de plus de deux mois (article 315-2 du Code pénal). Cette amende ne remplace pas l’expulsion : elle s’y ajoute.
Étape 4 : la trêve et le concours de la force publique
La trêve hivernale court du 1er novembre au 31 mars. Elle reporte l’exécution, mais pas la procédure. Un jugement rendu en décembre s’exécute à partir du 1er avril, et la dette continue de courir pendant tout l’hiver. Le détail figure dans trêve hivernale et loyer impayé.
À l’expiration du délai de deux mois, et hors trêve, le commissaire de justice procède à l’expulsion. Si le locataire refuse l’accès ou si l’occupation est conflictuelle, le commissaire de justice demande le concours de la force publique au préfet.
| Situation | Ce qui se passe |
|---|---|
| Le locataire part spontanément | Remise des clés, état des lieux de sortie, décompte final |
| Le locataire est absent | Expulsion avec serrurier, inventaire des biens, garde-meuble |
| Le locataire refuse l’accès | Concours de la force publique demandé au préfet |
| Le préfet refuse ou ne répond pas | La responsabilité de l’État peut être engagée pour le préjudice subi |
| Les biens sont laissés sur place | Inventaire, mise en garde, délai de récupération |
Le refus de l’État d’accorder le concours de la force publique ou son silence prolongé ouvre droit à réparation du préjudice, notamment la perte des loyers et indemnités d’occupation. La demande doit être faite par écrit et datée, avec toutes les pièces de la procédure : c’est cette demande qui fait courir la responsabilité.
Modèle : demande de concours de la force publique
À adresser au préfet du département du logement, en recommandé avec avis de réception, après l'expiration du délai de deux mois et hors trêve hivernale. Joignez l'ensemble des actes.
[PRÉFET DU DÉPARTEMENT] Direction des sécurités, service de la police administrative [Adresse]
[NOM DU BAILLEUR OU DE LA SOCIÉTÉ] [Adresse] [Téléphone et courriel]
[Ville], le [Date]
Objet : demande de concours de la force publique pour l’exécution d’une mesure d’expulsion Lettre recommandée avec avis de réception
Monsieur le Préfet,
Par jugement du [DATE] du tribunal judiciaire de [VILLE], devenu définitif, l’expulsion de [NOM DU LOCATAIRE] du logement situé [ADRESSE COMPLÈTE] a été ordonnée.
Un commandement de quitter les lieux a été signifié le [DATE] par Maître [NOM], commissaire de justice à [VILLE]. Le délai de deux mois prévu par l’article L412-1 du Code des procédures civiles d’exécution est expiré depuis le [DATE], et nous sommes hors période de trêve hivernale.
Malgré les démarches amiables et les relances du commissaire de justice, l’occupant maintient son occupation sans droit ni titre. Je vous demande donc le concours de la force publique pour permettre l’exécution de la décision.
Pièces jointes :
- copie du jugement et certificat de non-appel ou de non-opposition ;
- copie du commandement de quitter les lieux et de sa signification ;
- procès-verbal du commissaire de justice constatant le maintien dans les lieux ;
- justificatif de la demande de relogement ou des diligences accomplies ;
- copie du présent courrier.
Je me tiens à votre disposition pour tout élément complémentaire et vous prie d’agréer, Monsieur le Préfet, l’expression de ma haute considération.
[Signature]
Les irrégularités qui annulent la procédure
| Irrégularité | Conséquence |
|---|---|
| Notification au préfet absente ou tardive | Assignation irrecevable |
| Commandement sans décompte ou sans mention de la clause résolutoire | Délai de six semaines non valablement ouvert |
| Assignation délivrée avant l’expiration des six semaines | Procédure prématurée |
| Signalement CCAPEX omis | Accès aux aides bloqué, appréciation défavorable du juge |
| Logement indécent ou insalubre au moment de l’assignation | Expulsion refusée ou procédure fragilisée |
| Commandement de quitter signifié pendant la trêve | Exécution impossible avant le 1er avril |
| Expulsion réalisée sans commissaire de justice | Délit d’expulsion forcée |
Les erreurs qui coûtent cher
| Erreur | Conséquence |
|---|---|
| Attendre six mois avant le premier courrier | Dette doublée, locataire introuvable, aides expirées |
| Réclamer des charges non justifiées | Contestation globale du décompte, renvoi de l’audience |
| Négliger la caution ou Visale | Perte d’une garantie mobilisable |
| Faire pression sur le locataire pour qu’il parte | Plainte pour expulsion forcée, dommages et intérêts |
| Croire que le jugement suffit à récupérer le logement | Il faut encore le commandement de quitter et l’exécution |
| Abandonner après le départ du locataire | La dette reste récupérable pendant dix ans |
Quand déléguer ?
La procédure elle-même n’est pas complexe, mais elle est séquentielle : un acte manqué repousse tout le reste de plusieurs mois. Confiez le dossier à un cabinet partenaire si le locataire conteste, si le logement est dégradé, si la dette dépasse six mois de loyer ou si le concours de la force publique est nécessaire. Les honoraires peuvent être prélevés sur les sommes récupérées, sans avance de frais pour l’analyse. Vous pouvez faire étudier votre dossier.
Pour le locataire, l’ADIL, le travailleur social et le service logement de la mairie peuvent préparer une demande de délai, un relogement ou un dossier FSL. Voir aides Caf, MSA et FSL et locataire insolvable.
Références Sources officielles
-
Code des procédures civiles d'exécution, articles L411-1 à L412-8 (procédure d'expulsion) , décision de justice, commandement de quitter les lieux, délais, trêve hivernale
-
Code des procédures civiles d'exécution, article L412-1 (délai de deux mois)
-
Code des procédures civiles d'exécution, article L431-1 (concours de la force publique)
-
Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, article 24 (clause résolutoire, CCAPEX, notification au préfet)
Textes consultés le 29 octobre 2026. Les liens renvoient aux versions en vigueur ; une réforme postérieure peut modifier les délais et les montants cités.
Questions fréquentes (FAQ)
Un propriétaire peut-il expulser lui-même son locataire ?
Non, dans aucun cas. Changer les serrures, retirer les biens, couper l'eau ou l'électricité, ou empêcher l'accès constitue une expulsion forcée punie de trois ans d'emprisonnement et 30 000 € d'amende (article 226-4-2 du Code pénal). L'expulsion ne peut être exécutée que par un commissaire de justice, avec le concours de la force publique si nécessaire, en vertu d'une décision de justice.
Quel délai a le locataire pour quitter les lieux après le jugement ?
Le commandement de quitter les lieux laisse en principe deux mois (article L412-1 du Code des procédures civiles d'exécution). Le juge de l'exécution peut accorder un délai supplémentaire, en principe trois mois au maximum, ou au contraire réduire le délai lorsque le locataire dispose d'un relogement correspondant à ses besoins.
La trêve hivernale annule-t-elle l'expulsion ?
Non. Elle reporte l'exécution du 1er novembre au 31 mars pour un locataire sans relogement adapté, mais le jugement reste valable et la dette continue de courir. La procédure judiciaire peut se poursuivre pendant la trêve : une décision rendue en janvier s'exécute à partir du 1er avril.
Que devient la dette après l'expulsion ?
Elle reste due, y compris après le départ du locataire. Le jugement vaut titre exécutoire et permet des saisies pendant dix ans. Pendant l'occupation après résiliation du bail, le locataire doit une indemnité d'occupation, souvent égale au loyer et aux charges, que le juge peut moduler.
Combien de temps prend une expulsion en pratique ?
Trois à six mois entre le commandement de payer et le jugement dans un dossier complet, puis deux mois après le commandement de quitter les lieux. La trêve hivernale peut ajouter cinq mois, et l'obtention du concours de la force publique plusieurs mois. Les dossiers mal préparés, renvoyés ou contestés dépassent souvent un an.
Faites étudier votre dossier, sans avance de frais.
Un expert vous rappelle sous 24 h. Rémunération uniquement sur les sommes effectivement récupérées.
Exprimer mon besoinCe guide est informatif et ne remplace pas un conseil juridique adapté à votre situation. Dernière vérification des textes cités : 30 octobre 2026.